Vivre avec le VIH, pourquoi en parler publiquement

video_jacques-temoignageJe m’appelle Jacques. Je vis dans les Bois-Francs. J’ai 69 ans. Je suis l’un des quatre porte-parole de la campagne Je suis séropositif lancée en 2012.  Nous avons été les premiers à témoigner publiquement de notre séropositivité dans le cadre d’une campagne provinciale de sensibilisation. Même si je considère que vivre avec le VIH fait partie du domaine privé, j’ai décidé de rendre publique ma situation d’homme vivant avec le VIH depuis 23 ans. Pourquoi me direz-vous ? Je suis un homme engagé et j’ai toujours  travaillé dans une perspective d’un changement de la vision de la société envers des situations ou groupes de personnes qui ne méritent pas le rejet et la discrimination sociale.
Mes 23 ans de vie avec le VIH m’ont amené personnellement à vivre des situations de discrimination. Mes engagements en lien avec cette réalité m’ont permis de côtoyer des dizaines de personnes vivant avec le VIH.  J’ai vu et entendu toutes sortes d’évènements qui m’ont permis de réaliser jusqu’à quel point, le regard social sur les PVVIH est peu imprégné de compréhension, de compassion, de sollicitude.

Notre société est souvent fortement compatissante pour les personnes atteintes de cancer qui luttent pour leur vie: on loue leur courage dans le combat quotidien. Lorsqu’on vit avec le VIH, nous sommes plus souvent confrontés à des discours: il a couru après, il récolte que ce qu’il mérite. J’aimerais vous dire que, dans la vie, personne ne court après son malheur. Nous savons tous et toutes pourtant que des malheurs arrivent.

Voilà brièvement pourquoi, je rends encore aujourd’hui publique cette dimension de ma vie privée. Je veux  le dire et le répéter, comme toute autre personne qui vit avec des malheurs, comme toute autre personne, je lutte pour que ma vie soit et demeure agréable à vivre, remplie des petits et des grands bonheurs qu’elle m’apporte. Je veux continuer à le dire, malgré les risques encourus par ce dévoilement public. Vous devez savoir que, même en 2015, malgré toutes les avancées de la science dans le domaine du VIH, la justice canadienne me considère comme un criminel si j’ai un comportement sexuel non sécuritaire à 100%.  Vous devez savoir que des personnes vivant avec le VIH perdent leur emploi ou sont rejetées lors d’entrevues d’embauche sur le simple motif qu’ils sont séropositifs ou séropositives.

Vous devez savoir que des aînés séropositifs ou séropositives sont refusés dans des lieux d’hébergement qui répondraient à leurs besoins. Je m’arrête parce que la liste serait trop longue.
En terminant, je voudrais vous dire, je suis un homme ben ordinaire entouré d’un conjoint, de trois enfants, de 6 petits-enfants, de nombreux amis et amies. Je voudrais vous dire que moi et les 20 000 autres québécois et québécoises qui vivent avec le VIH, nous méritons plus que le rejet, le mépris, la discrimination, la criminalisation, nous méritons le respect, la compassion, la compréhension.

Nous méritons que notre différence ne soit pas une raison d’exclusion, mais une raison d’inclusion.

Jacques.

Comments (2)

Jacques gélinas

Avr 29, 2015 at 5:33

Merci Sarah. Je t’aime. Affectueusement, ton papa.

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Sarah

Avr 28, 2015 at 7:41

Mon cher papa,
J’admire ton courage et ton intégrité!
Avec toutes les avancées scientifiques, je suis toujours surprise du rejet des gens; Même celui plus discret et rare de ceux qui nous entourent.
Le plus difficile à combattre a toujours été ces peurs et elles, elles non rien de rationnelles et n’ont pas de preuves scientifiques pour les expliquer.
Mais ensemble, on les vainc, une après l’autre.
Tu es un héro de détermination, de sensibilité, et je me trouve bien chanceuse de t’avoir comme papa. Bien fière aussi que tu sois autant présent dans la vie de mes enfants.
Je t’aime!

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