VIH : Et si on parlait de stigmatisation intériorisée ?

Cet article est le premier d’une série de cinq illustrant les types de stigmatisation vécues par les personnes vivant avec le VIH et leurs effets. Les résultats qui y sont présentés proviennent de la recherche communautaire Index de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Québec.


Des nouvelles de l’Index : la stigmatisation intériorisée

Par Brigitte Ménard

La stigmatisation intériorisée a ceci de particulier qu’elle est perpétrée par ET envers la personne touchée directement par une problématique.

La définition de la stigmatisation intériorisée retenue par l’équipe de recherche de l’Index de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Québec est la suivante : «l’acceptation de croyances, points de vue et sentiments négatifs à son égard et à l’égard du groupe stigmatisé auquel [la personne] appartient.»

Selon les résultats de l’Index, une majorité de personnes vivant avec le VIH au Québec ont honte d’être séropositives (51%).

Certaines vivent également un malaise qui est augmenté par l’attitude des gens à l’égard du VIH (42%) et/ou un sentiment de culpabilité d’être séropositif·ve (33%).

Dans des proportions moindres mais tout de même présentes, plusieurs individus sont dégoutés d’être porteurs du VIH (22%) et ont l’impression d’être une moins bonne personne à cause de ce fait (19%). Pour d’autres, être séropositif·ve leur donne l’impression d’être malpropre (13%) et/ou d’être une mauvaise personne (13%).

Ces sentiments se retrouvent tout particulièrement dans la tranche d’âge des 18-35 ans, chez les personnes hétérosexuelles et chez ceux et celles qui parlent une autre langue que le français à la maison.

Lumière au tableau : on constate que plus le soutien affectif, les interactions sociales positives et la résilience sont présents chez les personnes vivant avec le VIH, moins ces dernières vivent de la stigmatisation intériorisée.

D’autre part, quand on regarde les facteurs associés à la présence de stigmatisation intériorisée, celle-ci est plus faible quand la perception de sa santé est excellente ou bonne, que le revenu annuel est supérieur à 20 000$ et que la personne s’identifie comme hétérosexuelle.

Notons aussi que la stigmatisation intériorisée est ressentie de façon plus aigüe en présence de stigmatisation anticipée (article à venir) ou lorsque la résilience est moins présente chez la personne.

Il est intéressant de noter que la définition de la stigmatisation intériorisée, pour ceux et celles qui la vivent, est multiple. Certain·es parlent d’une absence d’empathie ou du fait de se faire pointer du doigt. D’autres sentent qu’ils ou elles ne sont plus considéré·es (ou ne se sentent plus) comme faisant partie de la société active.

On remarque également que le triple fait d’être homosexuel, de consommer des drogues et de vivre avec le VIH semble accentuer l’homophobie, la transphobie, le sexisme, le racisme, etc.

Terminons avec une citation d’une des personnes ayant participé à la recherche :

«Je me suis rendu compte que la personne qui me stigmatisait le plus, c’était moi-même parce que j’ai été pendant 25 ans à me sentir comme un virus, à me sentir comme un microbe, à me sentir contagieux».

À la lumière de ces résultats, comment aider à contrer la stigmatisation intériorisée?

Quarante ans après la découverte du VIH, comment pouvons-nous soutenir les personnes vivant avec le VIH de manière concrète et significative, afin qu’elles se sentent moins jugées, plus valorisées, plus partie prenante de la société?

Pour obtenir plus d’infos sur cette recherche, contactez :
Sylvain Beaudry, Coordonnateur de recherche
514 844 2477, poste 22

Photo : Felipe Pelaquim sur Unsplash

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