VIH : la discrimination à l’école n’arriverait jamais ici… n’est-ce pas?

En Pennsylvanie, un organisme de défense des droits des personnes vivant avec le VIH a intenté, en fin d’année dernière, une poursuite légale contre une école privée après que celle-ci ait refusé d’admettre dans ses rangs un tout jeune adolescent séropositif uniquement à cause de son statut sérologique. Selon les autorités de l’institution, malgré toutes les connaissances scientifiques actuelles concernant les modes de transmission, celles-ci ne peuvent se permettre de faire courir « un tel risque » aux autres élèves de l’école. Bref, le jeune garçon est « trop dangereux » pour fréquenter d’autres ados…

Il est évidemment toujours plus frappant de prendre pour exemple la discrimination faite à un enfant pour illustrer la bêtise d’un tel comportement systémique; il est tout jeune, a la vie devant lui et mérite que toutes les portes s’ouvrent à lui afin qu’il puisse contempler son avenir avec les mêmes droits accordés à ceux et celles qui l’entourent dans son cheminement scolaire. Ceci dit, le jeune Abraham (un nom fictif) fait actuellement face à la même réduction de son identité que toute autre personne séropositive confrontée à la discrimination, homme, femme, jeune ou moins jeune : on se retrouve défini uniquement par son statut sérologique – et sa supposée dangerosité – et par rien d’autre. Dans ce dossier navrant, Abraham n’est plus un étudiant brillant, plein de ressource et particulièrement allumé; c’est un séropositif. On ne s’intéresse plus à ses activités favorites, à ses relations avec ses proches, à son état de santé; il est devenu un danger pour ses éventuels jeunes pairs, qu’il faut maintenant protéger de cette menace ambulante. Mais, bon, d’accord : c’est aux États-Unis que cela se passe et non ici…  Sauf que…

Dans leur travail quotidien, mes collègues avocates rencontrent trop fréquemment le même type de discrimination réductrice, ici et aujourd’hui, encore. De manière lapidaire et sans appel, des travailleurs et des travailleuses, des professionnel-le-s, bref, des citoyen-ne-s du Québec comme les autres perdent leur identité au profit d’une étiquette simpliste, celle de la « dangereuse séropositivité » comme unique définition de ce que ces personnes sont et de tout ce qui en fait des hommes et des femmes uniques, irremplaçables.

Si la situation du petit Abraham vous émeut, souvenez-vous qu’il y a des Nicole et des François de tout âge qui vivent en ce moment le même genre de réalité au Québec, probablement tout près de vous. Et n’oubliez jamais que vous avez la possibilité de faire partie de la solution face à ce genre d’injustice : en disant NON à la discrimination. Lorsque ce mot deviendra notre premier et unique réflexe collectif en réaction à l’exclusion des personnes séropositives, peut-être qu’enfin, celles-ci auront les mêmes droits que tous et toutes.

Michel Morin
COCQ-SIDA


Photo : unicef.org. En Thaïlande, des enfants séropositifs jouent une pièce portant sur la stigmatisation et la discrimination vécues pas les personnes vivant avec le VIH/sida.

 

Comments (7)

Michel Morin

Avr 11, 2012 at 3:56

Un suivi concernant le billet: “VIH : la discrimination à l’école n’arriverait jamais ici… n’est-ce pas?” – La fondation AIDS Healthcare Foundation (AHF) passe à l’attaque!
Il semble qu’une mobilisation soit en cours de réalisation concernant ce dossier de stigmatisation dû au statut sérologique… En effet, AIDS Healthcare Foundation lance une campagne de boycott du produit fétiche de la compagnie Hershey, principal bailleur de l’école qui a rejeté le petit “Abraham”. On trouvera plus d’information sur le site de la fondation (http://www.aidshealth.org/archives/11256/) ainsi qu’ici: http://takeaction.aidshealth.org/site/MessageViewer?em_id=10901.0.
Imaginons une campagne tellement importante qu’elle rende un peu moins ignorants les responsables de l’école concernée… À suivre de près.

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Jahi

Avr 08, 2012 at 7:49

C’est violent que cette institution ait fait porter à cet enfant son ignorance de la différence entre transmissible et contagieux! En dehors du principe de non-discrimination qui devra être défendu, la qualité de l’enseignement qui est dispensé dans cette école devrait inquiéter les parents: comment les messages de prévention, de précaution pour la santé peuvent-ils y être dispensés si ceux qui en sont garants ne sont pas, eux-même, un minimum renseignés ?

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COCQ-SIDA

Avr 11, 2012 at 11:08

C’est en effet tout l’enjeu de la lutte contre le VIH/sida : sensibiliser, informer et éduquer, afin de faire reculer les préjugés et ainsi que cesse la discrimination.

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martino larue

Fév 29, 2012 at 4:47

Quelle absurdité! Ce jeune homme vivra avec ça pour longtemps malgré le fait qu’il pourrait avoir de beaux diplômes et faire de belles choses dans sa vie. Voilà que ces gens lui empêchent de faire en sorte parce que…Hey oui il est SÉROPOSITIF! Quelle bêtise!

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Aurélie Hot

Fév 29, 2012 at 3:25

Ce qui est très inquiétant (je trouve) ce sont les conséquences à long terme de ces décisions arbitraires sur la vie de ces enfants/jeunes et le message que cela envoie aux autres enfants et parents (parce que la discrimination est en quelque sorte légitimée par l’autorité scolaire!)…
Aurélie Hot
COCQ-SIDA

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COCQ-SIDA

Fév 29, 2012 at 3:57

Entièrement d’accord. C’est fort dérangeant de voir que des gens en position d’autorité agissent en fonction de leur peur et de leur préjugé. S’ils s’étaient moindrement informés, ils auraient évité l’enfer à ce garçon et n’auraient pas envoyé ce message discriminant dans leur réseau.

René Légaré
COCQ-SIDA

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Ken Monteith

Fév 29, 2012 at 1:18

Si seulement les gouvernements et leurs agences poursuivaient les cas de discrimination avec le même ardeur avec lequel ils poursuivent les personnes vivant avec le VIH (même dans l’absence de risque de transmission!), on aurait des conditions propices au dévoilement et aux discussions sur le VIH et probablement moins d’infections par la suite.

Ken Monteith
COCQ-SIDA

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