VIH : la fin du danger de transmission

Comment vivre avec le VIH en cette ère où la dangerosité est chose du passé ?

Pour les personnes vivant avec le VIH, Indétectable = Intransmissible met fin au danger de transmission – cette épée de Damoclès longtemps suspendue au-dessus de nos têtes. Nous avons certes raison de nous réjouir de cette affirmation maintenant appuyée par près de 900 organisations à travers le monde.

Mais comment intégrer “I = I” dans nos vies ?

Comment accueillir le fait qu’aujourd’hui, si nous prenons un traitement tel que prescrit, nous n’avons plus à craindre de transmettre le VIH à nos partenaires ? Comment faire le deuil de notre peur de contaminer ? Comment déconstruire l’image fortement entretenue à notre égard de vecteur de transmission de la mort ?

Dans l’édition du printemps 2019 de Remaides Québec, un collectif de personnes vivant avec le VIH a signé un éditorial puissant sur ce changement de paradigme. Nous le reproduisons ici dans son intégralité.


Le deuil de la dangerosité

Nous nous sommes longtemps senti·es rongé·es par un virus qui nous dévorait jour après jour, nous nous sommes longtemps sentis rejeté·es, sans que l’on puisse rien y faire.

Une très bonne nouvelle scientifique nous a ébranlé le cœur. Nous nous sommes perçu·es, pendant des années, comme des transmetteur·euses du sida et nous avons tenté d’apprendre à vivre avec la peur de contaminer les autres. Mais voilà que la science nous explique qu’une personne vivant avec le VIH qui maintient une charge virale indécelable (moins de 200 copies/ml de sang) ne transmet pas le VIH !

Il nous arrive encore de résister à intégrer cette découverte dans nos vies. La peur de propager le VIH rôde encore, parfois, dans nos esprits. Cette idée horrifiante a fait partie de nous pendant si longtemps qu’il nous a fallu retrouver nos repères. Pourtant, nous savons comment réagir lors de grands changements. À l’annonce du diagnostic, nous n’avons pas eu d’autre choix que de subir la perte de notre avenir. À l’arrivée des traitements antirétroviraux, nous avons fait le deuil d’une mort imminente et, aujourd’hui, nous devons mener le deuil de la dangerosité.

Une nouvelle information prend du temps à entrer dans une communauté. Pour nous aider à l’accueillir, nous mettons à l’épreuve nos croyances en nous informant. Nous refusons que des concitoyen·nes résistent aux faits et nous rêvons la nuit que toutes les personnes vivant avec le VIH ont accès à un traitement.

Avant ces nombreux bouleversements, nous étions considéré·es comme des multi-endeuillé·es. Depuis le dernier chapitre , nous sommes devenu·es les spécialistes du deuil, les expert·es du changement. Notre capacité à rebondir fait l’objet d’études. Nous avons appris à dire oui à la vie et à nous donner le droit à l’amour. Maintenant, nous avons l’assurance de ne transmettre le VIH… à personne ! Et nous sommes déterminé·es à transmettre (dorénavant) la bonne nouvelle.

Nous sommes conscient·es que le virus est toujours présent dans nos corps et que nous avons présentement le dessus sur lui. Mais nous ne pouvons pas faire comme si la mission de maintenir une charge virale indétectable était une simple tâche. Pour certain·es d’entre nous, la route a été longue et même impossible dans certains cas. De ces personnes, nous saluons le courage et les efforts.

Une mise à jour des connaissances scientifiques se présente à nous et peut bonifier la transparence, accompagner la prévention, combattre la stigmatisation et briser l’isolement. Qui oserait dire que cette découverte n’est pas bonne pour notre santé mentale et pour la santé publique ?

Nous invitons la planète à nous accompagner dans cet autre changement de paradigme.

Nous sommes des personnes vivant avec le VIH qui contribuent à l’Institut de développement du leadership positif. Nous nous inspirons les un·es les autres.

Nous sommes Les Indétectables.

Comments (1)

Jacques Gélinas

Juil 11, 2019 at 1:10

Bravo à nous tous et toutes.
Fini pour moi la peur de transmettre mon infection au VIH à d’autres personnes.
Fini pour les autres d’avoir la même peur que moi.
Une autre vie s’est ouverte pour moi parce que la fin du VIH/sida est maintenant possible et réalisable.

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