VIH : des nouvelles du futur

Le Cap, Afrique du Sud, 26 septembre 2042 – “Il est 4h20. Le respirateur régularise le temps. Expire – inspire. Expire – inspire. Le rythme qui gère ma vie depuis trois jours déjà. Trois jours où Wesley repose dans un état comateux, sa dernière station avant la mort. Celle-ci est inévitable. Ce n’est qu’une question de rythme, celui du respirateur. Trois jours sans sommeil réparateur. Quelques siestes combattues sans succès et brusquement interrompues par le respirateur ou l’électrocardiogramme en déroute. Plein d’heures à regarder le respirateur faire le travail pour lui, l’homme de ma vie. Plein d’heures où mon esprit s’évade dans le passé. Notre passé. J’ai rencontré Wesley, à Montréal. Il était en visite. Une conférence internationale francophone sur le VIH/sida. Nous avons échangé autour d’un verre de vin et nous ne nous sommes pas quittés depuis. C’était en 2017. Un grand cru ! L’année de mes vingt ans de vie avec le VIH. Lui, 11 ans. Nous étions en santé. Nous étions heureux. Les nouvelles étaient plutôt bonnes. Toute l’Afrique avait depuis peu accès à une variété de génériques des molécules anti-VIH. Dans tous les pays, le nombre de décès chutait radicalement, et ce, comme dans les pays occidentaux en 1996. Wesley prolongea son séjour au Canada et plus nous passions du temps ensemble, plus nous étions sûrs que nous étions faits l’un pour l’autre. De visa en visa, les mois devinrent des années. En 2020,Wesley m’offrit d’aller vivre au Cap, dans sa ville natale. Les démarches pour l’obtention de sa citoyenneté canadienne ne se déroulaient pas très bien. Le gouvernement ayant fortement resserré l’étau voyait d’un très mauvais oeil la demande d’un “Africain séropositif”. Je m’y attendais. Cependant, je ne m’attendais pas à recevoir cette demande de Wesley. Je croyais plutôt que nous allions choisir le mariage pour mettre fin à ses déboire administratifs. Il refusait de se marier pour simplement satisfaire un gouvernement et pour cause ; l’Afrique du Sud avait légalisé le mariage gay en 2018 et leur système de santé n’avait plus rien à envier à ceux des pays du Nord. J’hésitais et cela blessa profondément Wesley. Il ne comprenait pas mon hésitation. Moi, non plus. Il sentait ma peur. Elle était irrationnelle. Basée sur l’histoire d’un continent toujours représenté comme… différent ! Mais, c’était l’histoire. Depuis 2020, tout avait changé. Plusieurs pays occidentaux n’étaient plus entourés de cette aura de grande puissance. D’autres menaient le monde et l’Afrique du Sud jouait maintenant dans la cour “des grands”. Expire – … Je quitte ma torpeur et vois que le respirateur ne respire plus. Wesley non plus. Son corps brisé, guéri du sida,mais pas du vieillissement et surtout pas d’un accident de voiture fatal. Wesley n’est plus !”

Texte publié dans REMAIDES #80

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Comments (1)

marc

Oct 26, 2012 at 5:19

j’aime et fin inattendu ferais une belle nouvelle littéraire !

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