Stigmatisation vécue : quels facteurs pèsent le plus?

Cet article est le troisième d’une série de cinq illustrant les types de stigmatisations vécues par les personnes vivant avec le VIH et leurs effets. Les résultats qui y sont présentés proviennent de la recherche communautaire Index de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Québec.

Des nouvelles de l’Index: la stigmatisation vécue

Par Brigitte Ménard

Tout d’abord, qu’est-ce que la stigmatisation vécue?

La définition de la stigmatisation vécue se traduit comme suit : elle « englobe les actes de discrimination manifestes comme l’exclusion ou la violence physique ou psychologique »¹.

L’analyse des données descriptives de l’Index de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH démontre que plusieurs facteurs peuvent amener une personne à déclarer un niveau élevé de stigmatisation vécue, que ce soit dans sa famille, avec ses partenaires sexuel·les, dans sa communauté, avec le voisinage ou auprès des professionnel·les de la santé. Le poids d’un facteur variera d’une situation à une autre.

Facteurs déterminants: résultats saillants

Par exemple, il semblerait qu’avoir présentement un·e partenaire intime et sexuel·le, ne pas recevoir de soutien concret et vivre un niveau élevé de stigmatisation anticipée sont trois facteurs proéminents dans les cas de stigmatisation vécue au niveau familial. En d’autres termes, la présence d’un ou plusieurs de ces facteurs augmente significativement les risques de vivre de la stigmatisation dans ce contexte.

Vivre de la stigmatisation anticipée apparaît d’ailleurs comme un facteur aggravant universel, tout comme vivre de la stigmatisation intériorisée. En effet, au-delà du contexte familial, ces deux variables ont une forte incidence sur la stigmatisation vécue auprès des partenaires sexuel·les, de l’entourage (communauté et voisinage) et des professionnel·les de la santé.

Dans les cas de stigmatisation vécue auprès des professionnel·les de la santé, tout comme à échelle globale, le degré de stigmatisation vécue sera également influencé par l’historique de discrimination dans le cadre des soins. En effet, avoir déjà vécu de la discrimination dans le cadre des soins augmentera nettement les risques d’une re-stigmatisation.

Enfin, et toujours dans la thématique des soins, un faible sentiment d’efficacité personnelle en ce qui a trait au traitement VIH est le dernier facteur aggravant recensé. Son impact le plus significatif se situe dans les cas de stigmatisation vécue auprès des partenaires sexuel·les, mais il se ressent aussi assez fortement à l’échelle globale.

L’efficacité personnelle?

Il s’agit de la croyance relative qu’une personne entretient face à sa capacité à avoir une bonne performance dans un domaine donné. Dans ce cas précis, les faibles sentiments d’efficacité personnelle surviennent quand une personne vivant avec le VIH ne se sent pas capable de suivre adéquatement son traitement, ce qui en retour impacte la stigmatisation vécue.

Les conséquences de la stigmatisation

Il va sans dire que plus les types de stigmatisation se multiplient ou s’imbriquent dans la vie des personnes vivant avec le VIH, plus elles se sentent stigmatisées et discriminées et ce, à tous les niveaux et dans tous les domaines de leur vie.

Cela entraîne chez elles une accentuation de la peur du jugement (stigmatisation anticipée), de même que le choc face au rejet par un·e ou plusieurs membres de leur famille, par les partenaires sexuel·les ou par les voisin·es et autres membres de la communauté.

La résilience

Toutefois, bien qu’il faille impérativement étudier, nommer et dénoncer la stigmatisation vécue par les personnes vivant avec le VIH et les souffrances qui en découlent, nous nous pencherons en conclusion sur un ultime facteur, qui pour une fois n’est pas aggravant, bien au contraire : la résilience.

Lorsque mobilisée et encouragée adéquatement, cette capacité émotionnelle ouvre à son tour la porte à l’espoir. Nous le voyons grâce à cette citation très « parlante » d’une participante :

C’était dur parce que j’ai été sévèrement blâmée, quasiment bannie.  C’était la honte totale pour eux.  Mais bon, avec le temps, j’ai appris avec ma résilience à me dire que la vie continue, puis voilà.

Cependant, notons que le bien-être et la résilience des personnes vivant avec le VIH ne devraient pas peser uniquement sur leurs épaules. Après tout, est-ce que les personnes vivant avec le VIH vivraient autant de sentiments d’impuissance et de stigmatisation si la société était plus ouverte et moins discriminante envers elles?

À vous de tirer vos propres conclusions à présent et, si ce n’est déjà fait, d’envisager de nouvelles façons de comprendre le VIH afin de mieux lutter contre la stigmatisation. Parce que, pour reprendre les mots d’une importante campagne de communication: c’est le sida qu’il faut exclure, pas les séropositif·ves.

À vous de jouer!

Pour plus d’informations sur l’Index, contactez :
Sylvain Beaudry, coordonnateur de recherche
514 844 2477, poste 22

¹Adaptation de A. Stangl, L. Brady et K. Fritz, « Measuring HIV stigma and discrimination », STRIVE Technical brief, juillet 2012, et M. R. Loufty et coll., « Gender and ethnicity differences in HIV-related stigma experienced by people living with HIV in Ontario, Canada », PLoS One, vol. 7, no 12 (2012), p. e48168.

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