Le défi d’Édith, épisode 7 : La vraie de vraie vérité est laide !

J’ai la chance immense de connaître des gens vivant avec le VIH qui vont bien. Une de ces personnes est bénévole dans un organisme de lutte au VIH (ACCM). Il anime des groupes de discussion pour les personnes francophones et il m’a invité à venir dans son dernier groupe avant l’été (mai dernier).

L’animateur m’avait invité pour que je parle justement de mes défis « je suis séropo ». La première chose qui m’est venue en tête : « Qu’est-ce que je peux bien avoir à dire à des gens qui vivent avec le VIH et ne savent pas eux-mêmes ?! ». C’est drôle c’est exactement la même question que je m’étais posée quand on m’avait engagé comme agente de projet pour Entraide Positive à Maison Plein Cœur (projet par et pour les hommes gais séropositifs). Je me suis dit qu’ils devaient bien avoir envie de savoir ce que les gens m’ont dit ou demandé lors des défis, j’avais raison !

Imaginez-vous donc que les doutes du stigma et de la discrimination demeurent… Les personnes qui vivent avec le VIH se demandent ce qu’ils vous ont fait ! Ont-ils encore peur de nous ? Que pensent-ils de nos vies ? Jugent-ils encore nos sexualités ? Quelle est l’image qu’ils se font des personnes vivant avec le VIH en 2016 ? Pourquoi ne sommes-nous pas plus loin encore ? Que de bonnes questions ! Pourquoi suis-je encore à écrire que le VIH ne vous saute pas dessus ?! Comment faire pour rassurer des gens déjà marginalisés et discriminés ?!

Je leur ai dit la vérité. Celle que j’ai vue et entendue dans les différents milieux, pas uniquement celui des mondes universitaire et communautaire. C’est vrai, les gens ont peur, les gens jugent, les gens ne comprennent pas et ils mettent les gens qui vivent avec le VIH dans un panier à part. J’ai été parfois très surprise de la réaction des gens, mais en même temps, ça m’a permis d’en sensibiliser quelques-uns. Ça m’a permis de connaître les opinions de mes collègues, mes voisins et les gens que je côtoie au quotidien. Ça m’a remis les pieds sur terre.

La vérité est laide ! Le VIH fait encore peur et c’est vraiment triste. C’est triste parce que les gens qui vivent avec cette infection qui font peur, se sentent rejetés, discriminés et jugés. La réalité s’observe par les réactions de dégoût, de jugements émis par certains et par les mouvements de recul que le VIH fait encore faire.

En fait c’est quoi vivre avec le VIH en 2016 ? Pour certains gars qui vont dans les saunas, c’est de ne pas dire qu’ils sont séropositifs de peur de se faire virer de bord par les gars. C’est de ne pas se faire embaucher comme femme de ménage parce que les gens ont peur que tu leur transmettes le VIH en lavant leur toilette. C’est une femme de 70 ans qui vit dans un foyer de personnes âgées autonomes, et qui ne doit pas dire à ces copines d’étage qu’elle vit avec le VIH de peur de ne plus avoir d’amies. C’est de cacher à ses petits-enfants la réelle cause du décès de ton chum de peur qu’ils te trouvent dégueulasse. C’est de mentir à tes collègues de travail au sujet de la maladie de ta blonde. Les gens ne sont pas prêts à accepter le VIH dans leur vie alors qu’il y est déjà. C’est ça la réalité.

Les gens ne comprennent pas … Les gens ne connaissent pas … Donc ils ont peur! Mais pourquoi les hommes gais et bisexuels ne « mettent donc pas de maudits condoms » quand ils baisent ?! Pourquoi cette femme qui fait des ménages n’a pas pensé avec sa « maladie si facilement transmissible et dangereuse » que ce n’était pas une si bonne idée d’aller appliquer pour un emploi chez des gens si « biens » ! Pourquoi la mamie ne garde donc pas pour elle ses secrets de « maladie honteuse » … etc.

Voilà ce qui arrive, je me choque, je suis fâchée, je suis en beau « joualvert » comme on dit au Québec. Coudonc, elle est où votre responsabilité à vous comme humain ? De quel droit faites-vous sentir des personnes comme des déchets ?! Et vous ? Qui vous juge aussi sévèrement ? Qui ?

Ces gens-là existent, je ne les ai pas inventés : la femme de ménage, la grand-maman, le bon grand-père gai et la professeure du primaire.  Je l’ai dit et vais le redire : les gens qui vivent avec le VIH sont partout et sont de n’importe quelle orientation sexuelle, de n’importe quel milieu, font des professions diverses et vivent peut-être dans votre immeuble. Le VIH entre chez son hôte, peu importe tout ça. Le pire du pire c’est que le VIH est un virus assez difficile à attraper dans le fond … Les microbiologistes vous le diront ! Vous pourriez avoir l’hépatite C bien avant ! Mais bon … on n’est pas à une infection près non ?!

Il est temps de faire la paix avec cette chasse aux sorcières ! Il est présentement question de VIH mais, peu importe la différence, SVP informez-vous, soyez humain et soyez bons avec les autres. Je déclare la fin des hostilités ouverte et le début d’une ère de sensibilisation aux différences !

Je vais me calmer et poursuivre cette lutte, puisqu’elle est encore et bien là. Et vous, que ferez-vous de votre côté ce mois-ci ? Un défi « je suis séropo » ? Pas game !!!

Édith Gauthier
Sexologue B.A. et candidate à la maitrise en sexologie profil intervention-recherche

Comments (2)

Édith

Mar 22, 2017 at 3:38

Merci René! On continue!! 🙂

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René Légaré

Sep 25, 2016 at 7:05

Je suis comme toi. Ça me révulse de réentendre encore et toujours que les choses n’ont pas changé, que les personnes vivant avec le VIH sont trop souvent encore considérées comme des parias. Comme tu le dis, la lutte est loin d’être terminée.

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