Le défi d’Édith, épisode 5 : au travail

Salut!
Je dois d’abord m’excuser publiquement parce que j’ai défié une règle vestimentaire de mon employeur cette semaine. Je lui demande officiellement pardon, parce qu’en pleine heure du souper un dimanche soir, j’ai mis mon chandail dans un magasin. Puisque les excuses sont faites, procédons! J’ai d’abord averti mes deux collègues présents de ce que je voulais faire. Le premier (sur la photo) m’a dit « tu crois que les personnes qui vivent avec le VIH sont discriminées? » et la seconde (derrière l’appareil) m’a dit être heureuse de pouvoir être témoin de cela. Ensuite, j’ai enlevé mon tablier et servis les clients à ma caisse pendant 1h30. Voilà pour la procédure de ce défi.  Je propose de vous rapporter les expériences les plus significatives de ce défi en deux grandes catégories, les clients « inconnus » et les « habitués » :

Les clients « inconnus »
Le premier client que j’ai passé à ma caisse et qui a vu mon chandail en a perdu son change … je me suis suis dit : « oh, je crois que cela va être intéressant ». Les suivants ont été assez discrets, mais j’ai bien vu leur regard surpris, d’évitement et un peu gênés (comme d’habitude, voir les autres défis précédents). Quelques clients sont cependant moins discrets et me demandent s’il est question de sida. Voici quelques réactions éloquentes.
Un homme mi-quarantaine, lit à voix haute et me regarde surpris. Je lui explique que c’est un chandail de sensibilisation. Il me demande de but en blanc, « l’es-tu »? Je lui envoie la question sans répondre, il rit et me répond que non. Il ajoute qu’il n’a cependant rien contre « ça ». Un client plus jeune que le précédent me regarde avec un air perplexe et dégoûté. Il ajoute « t’es séropo et tu l’affiches?!?! ». Malgré tout ce que je sais de la peur et le dégoût que le VIH peut impliquer, je suis restée réellement surprise par cette réaction. J’ai ressenti très fortement son dégoût qui s’est traduit en honte chez moi. Un sentiment de ne pas être correcte, d’être souillée et sale devant les autres. Je me suis même rendu compte que je me justifiais en abordant la sensibilisation avec lui. Ces réactions fortes m’ont beaucoup renseignées sur la perception que les gens ont des personnes vivant avec le VIH.

Les clients « habitués »
Une cliente que je connais bien et avec qui je discute souvent arrive à ma caisse, elle lit aussi à voix haute mon chandail et arrête sa lecture un peu gênée « je suis … oh », elle me regarde en souriant sans trop comprendre. Je lui explique aussi ce que je fais, elle lève le pouce en l’air, et me réponds : « ah, bravo bravo vraiment! Tu fais bien ».
Un autre client habitué avec qui je converse fréquemment fait comme les autres, il lit et me demande si c’est pour le sida. « Ah ouiii? Y’en as-tu encore de « ça » là ? »
Ce qui est intéressant de cette expérience est mon sentiment de malaise et les émotions que j’ai ressenties. Peu importe les clients, j’ai ressenti le dégoût, de la honte, de la culpabilité et même de la trahison. Comme si ces gens avaient été choqués de connaître mon statut sérologique, surtout ceux que je connaissais déjà. Pour répondre à ces fortes émotions, j’ai senti le besoin de me justifier et d’expliquer, rationnellement, ce que je faisais. Il devait bien y avoir une « raison intellectuelle » de ma part pour faire ceci, non?! Ma cliente a clairement ressenti qu’elle devait « se racheter » quand elle a ajouté que c’était bien de faire cela. Comme s’il fallait camoufler son malaise d’avoir pensé que je pouvais être séropositive. Je crois que les réactions des clients sont surtout en lien avec le fait que j’affiche publiquement une information qui est intime, privée, son statut sérologique. Il est normal de ressentir des émotions lorsqu’on apprend qu’une personne que l’on côtoie se bat contre un virus. Ceci peut être insécurisant en effet, mais la réaction que l’on a, en dit long sur notre perception du VIH-sida. La plupart des gens ont aussi fait référence au sida, sans faire la différence avec le VIH. Mais en effet, quelle est-elle me dites-vous? Voici un peu de connaissances …

Leçon VIH-sida 101
Le VIH est une infection où le virus s’attaque au système immunitaire et qui comprend 4 grandes phases :
1) la primo-infection : le moment où le virus entre dans le corps (par le sang, le lait maternel, la lubrification vaginale, le sperme et le liquide pré-éjaculatoire). Le virus est très fort et le système immunitaire est débordé par l’attaque. Les gens peuvent se sentir mal en point et ils sont très contagieux à cette étape.
2) la phase asymptomatique : le titre le dit, il n’y a plus de symptômes, mais le virus continue de se reproduire dans le corps. Cette phase dépend de chaque individu.
3) la phase symptomatique : même chose, le titre explique bien, il a y retour de symptômes persistants. Le système est de plus en plus fatigué de se battre et montre des signes d’affaiblissement.
4) phase sida : c’est l’apparition d’infections opportunistes qui détermine cette phase. Le système immunitaire ne répond plus et le virus prend le contrôle du son hôte. À noter qu’une personne peut revenir au stade 3 si son corps reprend le contrôle. (Mon inspiration et pour plus d’informations http://pvsq.org/wp-content/uploads/SIDA-101-final-2-Internet.pdf)

Ce qu’il faut retenir de cette petite leçon de VIH-sida, c’est que la quatrième phase de cette infection est le sida. Puisque vous ne pouvez pas savoir dans quelle phase est l’infection des personnes que vous rencontrez, il serait donc plus juste de dire qu’elles sont séropositives et non sidatiques. Vous ne devriez pas non plus dire les personnes sont « atteintes du sida », mais bien qu’elles vivent avec le VIH-sida.
Pourquoi ceci me semble pertinent? Parce que votre réaction peut faire augmenter ou diminuer la stigmatisation de la personne devant vous. Il m’a aussi semblé que le fait d’avoir des connaissances de base, et d’employer les bons termes pourrait vous être utile un de ces jours … Donc, rappelez-vous que les gens séropositifs ne sont pas dans la phase de sida et que les réactions que vous avez lorsque vous apprenez qu’une personne est séropositive sont importantes.
Comme je le disais dans mon dernier défi, nous ne sommes pas dans les souliers des autres, soyons compatissants et bons entre nous.

À bientôt,

Édith Gauthier, étudiante et candidate à la maitrise en sexologie profil intervention-recherche

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