La stigmatisation intersectionnelle: elle est partout, mais la voyez-vous?

Cet article est le dernier d’une série de cinq illustrant les types de stigmatisations vécues par les personnes vivant avec le VIH et leurs effets. Les résultats qui y sont présentés proviennent de la recherche communautaire Index de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Québec.


Des nouvelles de l’Index: la stigmatisation intersectionnelle

Par Brigitte Ménard

Qu’est-ce donc que la stigmatisation intersectionnelle?

En clair, elle réfère à la « stigmatisation envers une personne possédant plus d’une identité stigmatisée »1.

Nous parlons de stigmatisation qui touche plusieurs domaines de la vie d’une personne vivant avec le VIH, d’où l’idée d’intersection, d’imbrication de « plus d’une identité stigmatisée ». Prenez l’image du diagramme booléen qui illustre cet article: elle démontre très bien ce qu’est l’intersectionnalité, par le croisement des cercles (représentant différents stigmates) entre eux et avec la forme centrale (représentant la personne stigmatisée).

Apposons maintenant des mots sur ces cercles, encore un peu abstraits. Voici une liste non-exhaustive de facteurs de stigmatisation en Occident: le poids corporel, l’origine ethnique, l’utilisation de substances, l’orientation sexuelle, les problématiques de santé mentale, l’identité de genre, le handicap, l’âge, le travail du sexe, la langue, la classe sociale, le VIH, etc.

Vivre avec le VIH implique très souvent une intersection de stigmates

Tout le monde peut vivre de la stigmatisation intersectionnelle, à partir du moment où deux ou plus de ces facteurs s’entrecroisent. Pour une personne vivant avec le VIH, le seul statut sérologique pèse déjà énormément dans la balance et peut entraîner une série de discriminations importantes qui minent confiance et estime personnelle, pour ne nommer que cela.

Cependant, le statut positif au VIH est très souvent associé à d’autres déterminants, qui s’entrecroisent et augmentent les chances de vivre de la stigmatisation – notamment dans le milieu du travail, où le taux de stigmatisation recensé durant l’étude allait jusqu’à 71.5%. La compréhension intersectionnelle de la stigmatisation autour du VIH devient dès lors absolument essentielle.

De fait, lors de l’analyse des données obtenues au terme de notre étude, nous avons fait le constat que certain·es répondant·es cumulaient plus d’une zone d’intersection et en expérimentaient jusqu’à trois ou quatre, ce qui augmentait sensiblement le fardeau de la stigmatisation qu’ils et elles vivaient. Les participant·es ont parlé de racisme, de sexisme, d’âgisme, d’homophobie, de sérophobie dans leurs milieux de travail, au sein de la famille, auprès de leurs partenaires sexuel·les et à l’intérieur même de leur communauté.

Comment s’en sortir? Comment propulser le changement?

Un·e participant·e a illustré les outils utilisés pour faire face aux défis rencontrés, notamment pour pouvoir prendre sa place dans son milieu du travail: 

Pour s’en sortir, ça demande une force intérieure. Il faut comme s’envelopper dans une coquille à cause de tout ce qui est dit. Il faut avoir une force pour percer dans tout ça et puis dire je vais faire une carrière, j’avance.

Nous en revenons à la résilience, mais les personnes vivant avec le VIH ne devraient-elles pas être libérées du fardeau de la stigmatisation, plutôt que de devoir développer des outils pour s’en sortir? Imaginez l’immense taux de résilience nécessaire pour s’intégrer équitablement en société alors que le statut séropositif au VIH est sujet à discrimination en soi. Visualisez la résilience requise pour être reconnu·e comme une personne à part entière dans un monde qui rejette fréquemment les gens un tant soit peu différents. N’est-ce pas trop demander? Ne devrait-on pas changer notre façon de voir le VIH, plutôt qu’attendre des personnes vivant avec ce dernier de se bâtir cette carapace?

Comment pourrions-nous mieux intégrer les personnes vivant avec le VIH quand les formes de stigmatisation se démultiplient dans leur vie à cause de leur statut sérologique?

À vous d’y songer!

Ces cinq articles avaient pour but de démystifier et d’éclairer de façon sensible le parcours de stigmatisation de personnes vivant avec le VIH. Nous espérons que vous avez apprécié vos lectures. À la prochaine!


Pour plus d’information sur cette recherche, vous pouvez joindre :
Sylvain Beaudry
Coordonnateur de recherche
HEADS UP! 2 et Index de la stigmatisation Québec – 514.844.2477 *22

1 Adaptation de A. Stangl, L. Brady et K. Fritz, « Measuring HIV stigma and discrimination », STRIVE Technical brief, juillet 2012, et M. R. Loufty et coll., « Gender and ethnicity differences in HIV-related stigma experienced by people living with HIV in Ontario, Canada, PLoS One,, vol. 7, no 12 (2012), p. e48168

Comments (1)

Robert

Juin 28, 2022 at 4:24 Reply

La plus terrible est celle infligée par sa propre communauté homosexuelle …elle nous enfermé sur tous les plans…c’est de l’ordre de l’obscurantisme et dangereux pour l’éradication de ce virus

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