La recherche, ça sert à rien!

Si j’avais reçu un sou noir à chaque fois que l’on m’avait demandé : « Cette recherche, ça sert à quoi? », disons qu’avec la dévaluation, j’aurais couru (très vite) à la banque. C’était un peu gênant quand j’étais aux études, mais maintenant qu’il s’agit de recherche-action sur le VIH/sida, menée par des personnes séro+, des chercheurs, des étudiants et des intervenants qui luttent contre la stigmatisation et l’injustice sociale, ça devient presque insultant. Avec un peu plus d’expérience, j’ai compris que c’était une question tout à fait légitime. J’ai donc adopté une petite tactique de réponse en trois points :

          
1.   Étape 1 : l’observation

Avant de répondre, commencez par un petit sourire (ou petit rire niais) de circonstance. Ça vous donne l’air dégagé de la personne qui ne se sent pas mise en difficulté! Rapidement, passez en revue ce que vous savez de votre interlocuteur : emploi, hobbies, degré de parenté. Oui je sais c’est du profilage, mais en même temps, rappelez-vous que votre café est en train de refroidir ou que votre bière est en train de se réchauffer, c’est selon. Vous devez donc agir vite, avec l’intérêt public en tête.

     2.   Étape 2 optionnelle : la réponse courte (à manipuler avec prudence!)

Après votre courte étude de caractère, vous déduisez que votre interlocuteur est d’un naturel hostile. Alors là, vous pouvez, dans un moment jubilatoire de provocation gratuite, vous permettre un : « ça sert à rien! » (toujours en souriant). Votre interlocuteur n’est habituellement pas sûr s’il s’agit de sarcasme ou d’une réponse sérieuse et il enchaîne avec une question formulée de façon plus diplomate. Un point pour vous.

     3.   Étape 3 : la réponse longue (sortez vos PowerPoint!)

Vous avez devant vous un interlocuteur maladroit qui veut visiblement en savoir plus ou votre attachante grand-tante Julie. À l’extrême limite du continuum des personnes qui méritent d’entendre la réponse longue se trouvent les principaux intéressés par la recherche ou un possible bailleur de fonds. Dans ces cas-là, posez votre bière et sortez les PowerPoint. Voici vos cinq minutes de célébrité.

Plus sérieusement, la recherche communautaire sur le VIH/sida, ça sert à quoi? J’ai envie de vous dire, laquelle? En ce moment, au Québec, ont lieu une vingtaine de projets qui se penchent sur des thèmes aussi divers que l’hébergement, le dépistage, le témoignage public ou la santé sexuelle et affective. Ceux-ci mettent en œuvre des méthodologies innovantes pour réaliser le principe GIPA et pour que les résultats des études servent, vous servent. Bref, c’est un monde en pleine ébullition qui repousse nos idées préconçues… Et ça n’est certainement pas toujours facile! En tout cas, c’est aujourd’hui presque avec plaisir que j’entends la question « hum, cette recherche, ça sert à quoi? »…

Aurélie Hot
COCQ-SIDA

Comments (3)

Aubin

Août 29, 2014 at 4:31

J’ai rarement lu un article aussi bien écrit pour tourner en dérision un sujet bien plus sérieux que ceux qui disent y travailler !

Merci !

Reply

Aurélie Hot

Mar 27, 2014 at 10:12

Merci Jérémie!

Reply

Jeremie Butoyi

Mar 12, 2014 at 4:32

Bien réussi

Reply

Leave a comment