La criminalisation du VIH est inappropriée.

Je serai demain dans l’assistance de la Cour suprême pour entendre deux affaires en appel dont l’issue déterminera pour les prochaines années l’état du droit en matière de criminalisation du VIH. Je connais bien l’un de ces deux dossiers, en provenance du Québec. Il s’agit du cas d’une femme, accusée pour non-divulgation de son statut sérologique positif au VIH lors d’une relation sexuelle, qui a été acquittée en 2010 par la Cour d’appel du Québec, au motif que la relation ne comportait pas de risque important de transmission du VIH. Demain, la Cour suprême devra se prononcer sur la question du risque de transmission du VIH et de l’obligation de divulgation du statut séropositif.

J’en parlais justement ce week-end avec ma nouvelle colocataire. Elle était intéressée de savoir ce que je faisais comme travail et a été surprise lorsque je lui ai expliqué qu’une partie de mon travail consiste à modérer les impacts négatifs de la criminalisation de l’exposition au VIH sur la prévention du VIH et les droits des personnes séropositives au Canada. « Je ne savais pas que les gens pouvaient être poursuivis parce qu’ils ne divulguent pas leur statut sérologique, alors qu’il n’y a pas eu transmission du VIH» me dit-elle. En effet, la Cour suprême en a décidé ainsi en 1998, espérant que cela contribuerait à la prévention du VIH.

Mais ce n’est pas aussi simple que ça. Tout d’abord, il faut savoir que la grande majorité des personnes vivant avec le VIH sont très soucieuses de ne pas transmettre le VIH à leurs partenaires et s’assurent d’adopter des comportements sexuels sécuritaires, notamment via le port du condom. Mais dire qu’on a le VIH, ce n’est pas comme dire qu’on a le cancer ou une autre maladie. Quand c’est le VIH, les gens ont très souvent des réactions de peur, de rejet, certains deviennent même agressifs. Et tant qu’il en sera ainsi, cela restera difficile pour les personnes séropositives de parler de leur VIH. Les organismes de lutte contre le sida à travers le Québec travaillent avec elles afin qu’elles acquièrent la confiance nécessaire au dévoilement de leur statut, tant dans le cadre de relations sexuelles que dans la vie de tous les jours. Et ce que l’on constate, c’est que la prolifération de poursuites au Canada est en train de créer un climat où il est encore plus difficile pour les personnes séropositives de parler de leur état, quelque soit la circonstance.

Stéphanie Claivaz-Loranger,
COCQ-SIDA

Pour de plus amples informations sur l’état de la situation au Canada, visiter http://www.aidslaw.ca

 

Comments (6)

Ken Monteith

Fév 09, 2012 at 12:01

Il est certain que dans un monde idéal, les partenaires échangeraient de l’information et négocieraient ensemble la prévention de la transmission. Dommage que nous ne vivons pas dans ce monde idéal.

Il est impossible d’avoir de telles conversations si je suis rejeté quand j’ouvre ma bouche et poursuivi quand je la ferme.

Ken Monteith
COCQ-SIDA

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Jacques Gélinas

Fév 08, 2012 at 7:57

Bravo Stéphanie,
L’ensemble de tes commentaires sont très judicieux et à propos.
J’espère que la journée s’est bien passée à la Cour Suprême.
Cette épée de Damocles sur nos têtes fait en sorte que moins on affirme notre séropositivité plus les préjugés gagnent du terrain, plus la discrimination et la stigmatisation basée souvent sur de la non-connaissance augmentent dans la société.
Vivre avec le VIH est un combat de tous les jours et sur plusieurs fronts en même temps: .
Combat pour arrêter d’avoir peur pour sa propre vie, combat pour avoir la force de se tenir debout malgré les affronts de la société, combat pour avoir le courage de dire JE VIS AVECLE VIH malgré les conséquences potentielles, combat pour rester soi-même et fier de ce que je suis malgré cette infection qui a marqué ma vie à jamais.
Continuons le combat, la victoire nous appartient.

Jacques Gélinas

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Stéphanie Claivaz-Loranger

Fév 13, 2012 at 3:42

Merci Jacques pour ton commentaire: les effets de la criminalisation de l’exposition au VIH sur les personnes vivant avec le VIH, il faut en parler haut et fort!
L’audience devant la Cour suprême s’est bien déroulée mercredi passé. La COCQ-SIDA et huit autres organisations canadiennes ont fait entendre leur voix pour demander à la Cour de baser sa décision sur la science et les connaissances actuelles sur le VIH et non sur les peurs et les préjugés. Nous avons notamment demander à la Cour de clarifier qu’il n’y a pas de risque important de transmission, et donc qu’il ne devrait pas y avoir d’obligation de divulgation en vertu du droit criminel, lorsqu’un condom est porté ou que la charge virale est indétectable. Les dés sont maintenant lancés…la décision sortira probablement dans 6 à 9 mois!

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Kim Vincent

Fév 08, 2012 at 10:13

Merci pour une information provenant des travailleurs sociaux qui permet de nous orienter sur un sujet difficile pour une socièté bombardé d’information conflictuel. Les droits de la personne en jeux ici, je trouve cela si douleureux d’imaginer comment vivre une telle réalité alors que de le faire dans une socièté toujours si hostile ne peut que fragiliser la vie d’une personne déjà si vulnérable. Merci pour la lutte que vous mènez tous les jours pour les gens marginalisés.

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COCQ-SIDA

Fév 10, 2012 at 3:32

Vous soulignez bien la dichotomie entre l’utilisation du droit criminel vis-à-vis des personnes séropositives et tout le travail d’accompagnement et de soutien réalisé par les médecins, le personnel en santé, les travailleurs sociaux auprès de celles-ci. Ce sont deux forces qui présentement s’opposent et les effets de l’un nuisent à l’efficacité de l’autre.

Corinne Parmentier
COCQ-SIDA

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Jean-Pierre Pérusse

Fév 08, 2012 at 9:48

Encore une fois, parfaite explication et vulgarisation de COCQ-SIDA de ce qui est en jeu ! Merci !

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