Femmes et séropositives – Dénonçons l’injustice

Le 8 mars, c’est la journée internationale de la Femme. Cette célébration trouve son origine dans les manifestations de femmes au début du 20e siècle en Europe et aux États-Unis, réclamant l’égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Aujourd’hui, cette journée est l’occasion de célébrer les femmes, mais aussi de rappeler que la moitié de l’humanité est encore trop souvent opprimée, victime de violences et de profondes inégalités.

La COCQ-SIDA souligne cette journée avec la projection du film du «Femmes et séropositives – Dénonçons l’injustice», dédié aux femmes séropositives victimes de la criminalisation du VIH. Le documentaire du Réseau juridique canadien VIH/sida  explore les sentiments et réflexions de quatre femmes, à travers leurs très courageux témoignages, sur le problème de la criminalisation de la non-divulgation du VIH au Canada.

Nous dénonçons cette criminalisation depuis de nombreuses années, car non seulement elle n’est pas une réponse appropriée à la gestion de l’épidémie du VIH, mais en plus elle accentue la stigmatisation et la discrimination des hommes et des femmes séropositifs. Et en ce 8 mars 2013, en invitant le public à découvrir ce film, nous voulons souligner combien, s’agissant de la criminalisation, comme pour tant d’autres sujets, les injustices sont le plus souvent encore plus dures –pourquoi ne pas dire encore plus injustes- à l’égard des femmes.

Contrairement à ce qui est parfois affirmé, la criminalisation de l’exposition au VIH ne protège pas les femmes. Le recours ici au droit criminel est même susceptible de se retourner contre elles : c’est l’exemple de Diane, dans ce film ! Diane a été poursuivie par son conjoint, pour la prétendue non divulgation de son statut sérologique au début de leur relation de couple, au moment où lui-même se voyait condamné pour violences conjugales ! Non seulement Diane a été condamnée en première instance[1], alors qu’elle a toujours nié ces accusations, mais en plus, son conjoint, lui, s’est vu retirer toutes condamnations au titre des violences…

Ce que nous raconte l’histoire de Diane, c’est que le risque de poursuites criminelles peut augmenter l’emprise d’un conjoint ou d’un partenaire abusif sur une femme séropositive. Des femmes peuvent rester dans une relation de violence pour éviter des poursuites au criminel. Ce que nous raconte l’histoire de Diane, c’est aussi l’humiliation d’une femme poursuivie du chef d’accusation d’agression sexuelle et enregistrée au fichier des délinquants sexuels pour ne pas avoir divulgué son statut sérologique, et ce même si elle a protégé son partenaire par l’usage d’un condom et qu’il n’y a pas eu de transmission…!

Si le recours au chef d’accusation d’agression sexuelle est problématique pour toute personne poursuivie pour ne pas avoir divulgué son statut sérologique  – il y a amalgame entre deux choses complètement différentes – cela l’est plus encore s’agissant des femmes, l’agression sexuelle étant une agression dont elles sont majoritairement les victimes ! De plus, comme l’explique dans le film Anne-Marie Di Censo, du Réseau d’action et de soutien des prisonniers et prisonnières vivant avec le VIH/sida, une femme étiquetée délinquante sexuelle est traitée comme si elle avait effectivement commis une agression sexuelle et subit 10 fois plus de violence au cours de sa détention, les autres femmes pensant que la victime était un enfant et que cela aurait pu être le leur…

Malgré ces injustices et la dureté des situations auxquelles elles sont confrontées, les femmes qui témoignent dans ce film font preuve d’un immense courage et se battent pour faire valoir leurs droits. Nous souhaitons leur rendre hommage. Elles sont les dignes héritières de ces pionnières du début du 20e siècle qui réclamaient l’égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote !

Bon 8 mars, à toutes et à tous !

Liz Lacharpagne
COCQ-SIDA


[1] Diane a toujours soutenu l’usage d’un condom lors de leur première relation sexuelle, la seule où elle n’aurait pas divulgué son statut sérologique à son partenaire. Le Tribunal de première instance ne l’a pas cru et a déclaré Diane coupable d’agression sexuelle et d’agression sexuelle grave. La Cour suprême a qualifié le raisonnement du juge de première instance, s’agissant du fait qu’il n’a pas cru Diane concernant le port d’un condom, de « série de conclusions conjecturales » à partir d’un élément de preuve douteux. La Cour Suprême n’a donc pas reconnu Diane coupable de non divulgation de son statut, dès lors qu’au moment des faits elle avait une charge virale indétectable et qu’il n’était pas possible de déterminer si il avait été fait usage d’un condom. Pour plus de détails, consultez l’analyse des décisions DC et Mabior.

Comments (1)

Corinne Parmentier

Mar 14, 2013 at 9:55

L’histoire de Diane est vraiment révoltante !!! Son témoignage illustre à quel point la criminalisation n’est pas le bonne réponse à l’épidémie de VIH. Merci à elle et à toutes ces formidables combattantes.
Corinne Parmentier,
COCQ-SIDA

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