Anticiper le rejet

Cet article est le deuxième d’une série de cinq illustrant les types de stigmatisation vécues par les personnes vivant avec le VIH et leurs effets. Les résultats qui y sont présentés proviennent de la recherche communautaire Index de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Québec.


Des nouvelles de l’Index: la stigmatisation anticipée

Par Brigitte Ménard

Voici une définition simple de la stigmatisation anticipée : la «conscience [chez les personnes vivant avec le VIH] d’attitudes sociales négatives, la peur de la discrimination et les sentiments de honte»*.

Une personne séropositive a plus de risques de vivre ce type de stigmatisation si elle s’autostigmatise déjà de façon importante dans son contexte familial (voir notre article sur la stigmatisation intériorisée), si elle a un faible niveau de soutien pratique/concret (ex. accès une voiture ou à des services de gardiennage) ou si elle reçoit peu de soutien émotif ou informationnel.

Ces diverses carences ont donc un effet sur le niveau de stigmatisation anticipée ressenti.

En recoupant l’incidence de la stigmatisation anticipée avec d’autres variables, on obtient des résultats intéressants. En effet, on remarque que moins le soutien social est présent, plus le niveau de stigmatisation anticipée va s’accroître.

L’impact négatif sur la personne sera d’autant plus grand si elle a déjà vécu de la discrimination dans le cadre des soins VIH.

Les participant·es de la recherche Index de la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH au Québec ont parlé de craintes et d’appréhensions dans le cadre de leurs relations avec leur famille, leurs amižes, leurs partenaires sexuelžles, leur voisinage et leur communauté. Elles font donc l’expérience de la stigmatisation anticipée dans plusieurs milieux : au travail, avec leurs proches et dans leurs réseaux plus larges.

Une participante a clairement expliqué comment la stigmatisation anticipée se vivait pour elle.

«Je m’étais dit: Moi, je ne veux plus retourner en relation si c’est ça [du rejet] qui m’attend. Je me disais: si je tombe en amour, que la personne me fait ça, j’ai dit NON, je veux ne pas vivre ça. J’ai passé vraiment des années toute seule à cause de cette histoire-là».

Peut-on conclure qu’un changement dans les attitudes discriminatoires envers les personnes vivant avec le VIH participerait à une meilleure acceptation par celles-ci de leur statut sérologique? Peut-on supposer que cela aurait un impact majeur sur leur qualité de vie? Est-ce qu’une diminution de la discrimination et des attitudes négatives de la société à l’égard du VIH pourrait contribuer à diminuer les sentiments de honte et de rejet anticipé chez les personnes séropositives?

Une chose est sûre: une réflexion en profondeur sur nos attitudes sociétales serait souhaitable et porteuse d’espoir pour un grand nombre de personnes vivant avec le VIH!

Pour plus d’infos sur l’Index, contactez :
Sylvain Beaudry, Coordonnateur de recherche
514 844 2477, poste 22

 

*Adaptation de A. Stangl, L. Brady et K. Fritz, « Measuring HIV stigma and discrimination », STRIVE Technical brief, juillet 2012, et M. R. Loufty et coll., « Gender and ethnicity differences in HIV-related stigma experienced by people living with HIV in Ontario, Canada, PLoS One, vol. 7, no 12 (2012), p. e48168

Image : Road Trip with Raj sur Unsplash

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