Le défi d’Édith, épisode 8 : Deux rencontres, deux constats

Pour ce huitième défi de l’année, j’ai décidé de comparer deux rassemblements : le colloque de sexologues et une retraite entre étudiantes ! Ce défi est très spécial pour moi. Premièrement il s’est déroulé sur deux mois, octobre et novembre. Deuxièmement il fait un lien direct avec la science en comparant deux groupes d’individus. Troisièmement, il met en scène beaucoup d’émotion de votre blogueuse ! Le but était de comparer les réactions des professionnelles de deux groupes. Le premier événement est le premier colloque de l’ordre des sexologues (Ordre Professionnel des Sexologues du Québec – OPSQ), le second est une retraite de rédaction entre étudiantes à la maitrise ou au doctorat. Ces sont trois jours de rédaction, d’activités en groupe dans une collégialité sympathique (Thèsez-vous !).

Commençons par les ressemblances. Les deux événements se sont déroulés dans le cadre enchanteur et féérique des Laurentides (J’ai réussi mon défi Carl et toi ?!). Les deux événements rassemblaient donc des gens ayant atteint au moins les études de second cycle de l’université. Dans les deux cas, la majorité des personnes étaient des femmes et la moyenne d’âge semblait assez comparable (+ ou – 30 ans).

Enchainons avec les différences. Le premier événement rassemblait plus de gens que le second (120 vs 36). Je connaissais des gens dans le premier et aucun dans le second. Le colloque de l’OPSQ comptait uniquement des sexologues de tous les champs de pratique en sexologie et, dans le second des gens de divers champs d’étude. Dans le premier événement j’accompagnais des présentateurs soit, mon directeur (Martin Blais à gauche sur la photo), et deux étudiants/amis au doctorat (Carl Rodrigue à côté de moi et Marie-France Goyer à droite). Dans le colloque, j’ai révélé mon chandail dès notre arrivée dans la grande salle, et avisé mes collègues que j’allais le faire. Les trois m’ont dit être à l’aise avec mon défi. Dans la retraite, j’ai mis mon chandail le dernier jour. Dans la première situation, des réactions intenses ou presque rien, dans la seconde, pleins de réactions/questions. Voilà pour les détails des différences et des similitudes.

Défi 8 : je suis seropoLors du colloque (premier événement) j’ai eu des regards, mais pas grand-chose d’autre. Était-ce des regards en lien avec le chandail spécifiquement ? Je l’ignore. Une personne inconnue, une seule dame m’a parlé de mon chandail, 1/120 … Elle m’a dit que ce chandail attirait l’œil et qu’elle trouvait ça bien que je fasse ça. Elle a dit avoir étudié en marketing aussi et que c’était « vendeur ». Ça donnait envie d’en savoir plus, elle m’a posé des questions sur la réalité des personnes qui vivent avec le VIH et on a discuté en attendant en ligne pour aller se chercher notre diner. Est-ce que personne d’autre ne m’en a parlé parce qu’elles me connaissaient ? Est-ce la seule explication ? Il y a aussi eu aussi une drôle de conversation (plus dans le sens d’étrange que de drôle), pendant le cocktail à la fin … Une des réactions donc je m’attendais le moins : le dégout ! J’imagine que l’alcool aidant, un sexologue s’est senti plus à l’aise d’ENFIN me parler de mon chandail. Il a dit : « séropo …issshhhh sérieux ? » avec un visage incrédule. Comme si cela était invraisemblable que je puisse être séropositive, moi ! Heureusement, des collègues connus et connaissant la cause, étaient présents et ont sursauté autant que moi. « QUOI ? » Ai-je réussi à articuler. Une discussion s’est entamée sur la réalité de vivre avec le VIH et j’ai senti que je devais lui expliquer toute ma démarche. La cerise sur le sunday est qu’à notre départ, il m’a lancé un « salut séropo ! ». Je suis restée sans mot … Pour vrai, je ne sais pas encore aujourd’hui comment prendre ceci. La question est surtout : comment réagir dans ces situations ? Cette personne est un collègue que je vais revoir dans des événements/formations/événements sociaux … Que répondre ? Juste laisser les choses aller ? J’étais prise entre deux émotions contradictoires : l’envie d’hurler ma rage ou de pleurer. Je me suis abstenue et ai ravalé le tout. Une chance que dans la voiture en rentrant, nous avons discuté de cette situation tous les quatre et en avons conclu que cette réaction en était une de peur et de méconnaissances du VIH. Mon point de vue personnel et poli est que: l’intelligence scientifique et émotionnelle sont deux choses totalement différentes, et qu’une n’inclue pas forcément l’autre.

Dans le deuxième événement, j’ai pris la peine d’attendre la dernière journée pour que les gens me connaissent un peu. Je me suis dit qu’ainsi je diminuais les différences entre les deux expériences (en recherche on dit diminuer les biais). J’ai donc mis le chandail à l’heure du diner et n’ai pas eu à attendre bien longtemps pour avoir des réactions. Nous attendions en ligne pour aller chercher nos plats, des collègues ont regardé mon chandail et m’ont fait des signes d’assentiment de la tête avec des sourires (genre bravo fille !). Elles m’ont aussi questionnée sur le chandail et j’ai gentiment expliqué mon année de défis. À la table, une collègue m’a demandé directement si j’étais séropositive et m’a dit qu’elle souhaitait pour moi, que je ne le sois pas. Je lui ai demandé de m’expliquer : elle m’a parlé de santé et de stigmatisation. Qu’elle trouverait cela triste que j’aie à vivre cela. Ça m’a beaucoup touché. C’est cette réaction que je trouve la plus « normale » vis-à-vis ces défis. J’ai aussi pris la parole lors du dernier rassemblement en groupe, et leur ai expliqué mon défi. Je leur ai aussi demandé si elles accepteraient de prendre une photo de groupe avec moi. À ma grande joie, toutes ont accepté. Comme je les ai trouvés humaines ! Voilà, enfin des humains ! C’est exactement à cela donc je m’attendais. Les gens n’aiment pas savoir que leurs proches/amies/collègues, celles à qui elles tiennent, vivent des choses difficiles. Quand cela arrive, les gens se serrent les coudes, pas vrai ?

En conclusion, j’ai étais vraiment déçue et triste de mes collègues sexologues. Si on s’attend bien à quelque chose des sexologues, surtout les cliniciennes, c’est de la compassion et de l’empathie, non ?! Je m’attendais à avoir beaucoup de commentaires, des questions, des interrogations, des demandes de précision, des témoignages, des critiques ou autres, mais pas à rien. Je m’attendais aussi à une réaction de dégoût, mais pas de LEUR part ! Ça m’a franchement découragée. Par contre, les étudiantes de la retraite m’ont donné espoir. Je me suis dit, voilà ce que les futures chercheures ont l’air ! Quel soulagement ! D’autres facteurs pourraient expliquer le silence de mes compatriotes sexologues, mais je ne les ai pas … Peut-être cela leur semblait-il aller de soi. Ou peut-être que puisque certaines me connaissaient, elles n’étaient pas surprises de mon audace ? Je ne saurai jamais. Une chose est certaine selon mon humble avis, en ces temps difficiles, rester silencieuses devant une situation, même si celle-ci ne semble pas claire, n’est JAMAIS une bonne solution. Mieux vaut parler, que de dire le silence. Mieux vaut être dégoutée que de rester silencieuses. Au moins on peut expliquer, sensibiliser et changer les choses un mot à la fois.

Sur ce, bonne fin de novembre, je vous reviens bientôt pour mon dernier blogue de l’année 2016. Je vous souhaite une magnifique journée internationale du VIH le 1er décembre. Soyons solidaires, soyons visibles, soyons claires et vraies !! À bas les préjugés et la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH !!

Édith Gauthier, Sexologue et candidate à la maitrise en sexologue profil intervention-recherche.

*Le féminin est utilisé pour alléger le texte et inclus le masculin <3.

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