01 mars 2016
Le défi d’Édith, épisode 4 : les cafés !

cafés_defiedithSalut à vous!
L’idée de ce 4e défi est de passer du temps dans deux cafés, de deux villes différentes et de comparer les expériences. Dans ce froid polaire du mois de février, quelles seront les différences et les ressemblances entre les deux cafés? Ça doit être mon parcours de chercheure néophyte qui m’influence …

Je m’installe dans un café montréalais, il est 12 :15, il y a du mouvement, des gens, de la musique (un homme joue quelques pièces au piano), de la bouffe réconfortante et bien sûr du café. Malgré la constante mouvance, la majorité des gens présents sont des femmes (17 femmes/6 hommes) et je dirais d’environ 30 ans. J’ai eu un plus nombre de regards lorsque j’ai enlevé mon manteau. Plusieurs regards furtifs et des regards que je baptise « double check », c’est-à-dire un premier regard rapide en effleurage, puis un deuxième plus long pour être bien certain. Les gens sont très très discrets, les regards sont en diagonale et rapide. Je mets ceci sur la faute au contexte culturel des lieux, tout le monde travaille sur son portable ou sur un livre …. Quelques personnes jasent, mais l’ambiante est sérieuse et peu propice aux échanges. Je me demande ce que les gens se disent en regardant un chandail pareil. J’invente des conversations intérieures « ce n’est pas de mes affaires », « c’est un chandail comme un autre », « anyways, je m’en fou de son statut sérologique » ou « c’est quoi ça séropo?! », « de toute façon, je n’ai pas le temps de penser à ça, j’ai un travail à finir ». Après 2 heures, un peu déçue je quitte le café.

Je m’installe dans un petit café du centre-ville de Sherbrooke, il est 18 h, il y a peu de mouvement, ou plutôt pas un chat, sauf les deux employées, une autre femme, de la bouffe réconfortante (et succulente), et bien entendu du café. On s’entend, ce café est vide, malheureusement pour mon défi … je suis d’humeur maussade! En plus, l’autre cliente ne me voit pas du tout, nous sommes séparées par des grands dossiers en bois (voir la photo justificative). Je tente ma chance vers les employées, je pose plein de questions pour créer des opportunités de contacts, rien, pas de regards louches, pas de questions, niet. Même de la part d’un couple qui entre plus tard, pas de regard. Mon chandail passe dans le beurre! Je me lance finalement vers les employées pour payer, et j’en profite pour leur expliquer mes défis et pour leur demander si elles l’ont remarquée. La première me répond positivement, mais avoue ne pas avoir jugé la chose. Elle dit que ce ne sont pas ses affaires et elle n’a pas porté une attention particulière à mon chandail. La deuxième répond ne pas avoir remarqué en riant. Bon … deuxième défi complété, je quitte le cerveau en ébullition.

Deux cafés, deux expériences semblables. Les gens regardent, mais sans plus. Est-ce de l’évitement? Je ne peux être certaine de rien. Les gens détournent volontairement le regard et ne me regardent pas trop longtemps, pourquoi? Ont-ils peur d’avoir l’air de m’observer? D’être indiscret? Ont-ils peur que je les aborde s’ils me regardent avec trop d’insistance? Veulent-ils avoir l’air de ne pas me juger ?! Mais que se passe-t-il? Les gens sont-ils à ce point ouverts et habitués aux chandails avec inscriptions diverses sur les chandails, que le mien passe comme les autres?! J’en discutais hier avec une amie, elle m’a posé une excellente question : « Et toi, si tu voyais quelqu’un avec un tel chandail dans un café, irais-tu vers cette personne »? Un collègue m’a proposé une explication : « peut-être que les gens ont peur que tu leur transmettes le VIH avec ton chandail?! ». Cette blague est forte de sens … 

Dans ma réflexion face à ces réactions, une ancienne anecdote m’est revenue. Dans une ancienne vie, tu temps où j’étais célibataire, j’avais été rencontrer une personne dans un café. Pendant la date, nous avions échangé sur nos professions et je lui avais expliqué que je travaillais avec des hommes séropositifs dans un organisme communautaire. La date avait été agréable, nous nous sommes quittés avec promesse de se revoir. Imaginez ma surprise, quand une heure plus tard, ladite personne m’écrivait ne pas pouvoir me revoir parce qu’il « avait trop peur du VIH »!!!!

Mon constat est le suivant: le VIH-sida fait encore peur. Depuis le premier cas déclaré en 1981 et suite à l’épidémie qui s’ensuivit, les gens portent en eux le stigma de terreur qui accompagne les lettres « séropo » ou VIH-sida. Ce terrible et instable virus qui a tué des millions (milliards) de gens en Afrique Subsaharienne et autant d’hommes gais et bisexuels dans les pays occidentaux. Le VIH a encore très mauvaise réputation. Un « cancer peu honorable » comme avait un ancien pair aidant d’Entraide positive. Je sais que la discrimination est un des points majeurs, sinon le plus important dans la fin de cette épidémie (qui continue d’augmenter soit dit en passant!). Mettre un chandail n’est rien, je n’invente pas de vaccin curatif et ne guéris personne. Cependant j’espère pouvoir vous sensibiliser à ce qu’expérimentent jour après jour les gens qui vivent avec le VIH-sida.  

Je vous quitte en apportant à votre attention un point important qui pourrait aider à diminuer la discrimination de ces personnes : votre regard. Qu’il soit doux et compatissant envers les autres. Vous ne savez pas ce qu’ils vivent, vous n’êtes pas dans leurs souliers et chacun, à sa façon, se bat contre quelque chose. Un virus, une maladie mentale, un deuil, une peine d’amour qui ne cicatrise pas, une peur folle des virus et maladies, ou autres. Revenons à l’essentiel de ce que nous sommes, des humains. Remettons l’humanité au centre de nos vies. Soyons aussi et avant tout compatissant envers nous-mêmes. Personne n’est parfait!
À bientôt,

 
Édith Gauthier,
Étudiante et candidate à la maitrise en sexologie profil intervention-recherche

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2 réponses à “Le défi d’Édith, épisode 4 : les cafés !”

  1. Ken Monteith dit :

    Merci Édith, pour cette série d’expériences dans la peau (ou bien le chandail) d’une personne séropositive. Je trouve particulièrement intéressante l’observation que nous ne pouvons pas vraiment attribuer la réaction des gens à une motivation en particulière (sauf dans un texto assez explicite sur la motivation). Ça nous laisse à interpréter et parfois à projeter nos craintes sur l’autre. Est-ce vraiment une mauvaise réaction de la part de l’autre, ou simplement ce que j’attends comme personne séropositive? On ne peut pas savoir. Un défi, donc, pour nous, les personnes séropositives : essayons d’identifier la partie de la stigmatisation qui vient de nous-mêmes et donner une chance aux autres de réagir sans stigmatisation envers nous.

    • Édith dit :

      En effet ce n’est pas facile de bien décoder ce que l’autre dit …
      Un défi de taille: la communication des humains. Mais je suis positive quant au changement qui s’opère, lentement. Un pas à la fois, petit à petit.
      Il faut aussi éliminer de nos vies les gens qui jugent, qui blessent et qui discriminent. Je sais je sais, facile à dire, mais on vaut tellement plus!
      Douceur et bienveillance!
      Édith

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