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La justice libératrice

On ne sait pas quand de réels changements surviendront quant à la possible décriminalisation du VIH au Canada.

Mais le discours à ce sujet change tranquillement. Ça fait maintenant quelques années (depuis le dernier jugement de la Cour suprême en 2012, en fait) qu’on dit et qu’on répète que la criminalisation du non-dévoilement de la séropositivité est abusive et disproportionnée en lien avec les progrès dans le domaine scientifique.

La ministre de la Justice canadienne a clairement reconnu dans sa déclaration du 1er décembre 2016, Journée mondiale de lutte contre le sida, que la criminalisation est absolument en contradiction avec les dernières avancées scientifiques. Je la cite :

« [L]a criminalisation disproportionnée de la non-divulgation de la séropositivité décourage bon nombre de personnes de passer des tests de dépistage et de se faire traiter, et stigmatise davantage les personnes vivant avec le VIH ou le sida. Tout comme le traitement a progressé, le système de justice pénale au Canada doit s’adapter pour mieux refléter les données scientifiques disponibles sur les réalités de cette maladie. »

En tant que personne vivant avec le VIH, je ne peux qu’applaudir cette déclaration et espérer que nous passerons rapidement de la parole aux actes. Il m’apparaît également important de nommer quels seraient les impacts positifs de la décriminalisation pour les personnes vivant avec le VIH.

Premièrement, cette décriminalisation viendrait nous délivrer de la peur d’une poursuite au criminel pour non-dévoilement de notre séropositivité. Pour nous qui vivons avec le VIH, finie la peur qu’un ex-conjoint ou un amant frustré par une relation qui s’est mal terminée n’entame des démarches juridiques menant jusqu’en cour, où nous devrions porter le fardeau de la preuve. Finie la peur d’être accusé d’agression sexuelle grave et d’être détenu pour ne pas avoir dévoilé notre statut sérologique.

La criminalisation du VIH n’aura contribué qu’à faire augmenter la stigmatisation et l’ostracisme. Elle aura permis à la société de juger les personnes vivant avec le VIH comme étant des individus irresponsables et malveillants, ce qui n’est pas le cas. La criminalisation n’aura servi qu’à nous faire porter le blâme des conséquences d’une sexualité partagée entre partenaires. Nos amants séronégatifs, eux, peuvent se déresponsabiliser face à leur sexualité.

Puis, pour ceux et celles qui vivent avec le VIH sans le savoir (environ 21 %), la décriminalisation pourrait les inciter à se faire dépister et, ainsi, à briser la chaîne de transmission. Selon les études, ces personnes seraient responsables de 50% des nouvelles infections.

Vivement une justice qui serait vraiment libératrice pour les quelques 65 000 Canadiens et Canadiennes qui vivent avec le VIH, dont 25 000 Québécois et Québécoises.

L’optimisme est à mon ordre du jour. J’espère qu’il sera de même pour vous !

Jacques, porte-parole de la campagne Je suis séropo

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